l’écologie punitive est une erreur


 
 

Dans sa sortie virulente contre Griveaux sur France Inter, François Bayrou a presque laissé entendre que ce que l'on avance sur la pollution due au diesel serait peut-être à réexaminer. Relisez les propos du porte-parole du gouvernement, du Premier ministre ou de B. Le Maire et de quasiment tous les journalistes : les "particules fines" seraient responsables de 40 ou 50 000 morts par an.

Chiffre épouvantable - et heureusement pour nous tous complètement faux. Récemment, Le Monde a enfin titré sur des morts "prématurées"... Et c'est bien de cela dont il s'agit : des études (encore à corréler) avancent que la fréquentation de certains produits pendant un certain temps (!) pourrait, dans certains cas (!!) abréger la vie de certaines personnes de quelques mois...

Voilà sur quoi se fondent cette politique absurde, et au-delà, l'échec programmé du mandat d'Emmanuel Macron. Avez-vous lu une enquête sérieuse sur ces morts qu'on présente comme ceux des accidents de la route ?

Le principe de précaution - inscrit dans la constitution par J. Chirac - pousse à ce genre de comportement, est-ce une raison pour prendre ces chiffres pour argent comptant ?

Pourquoi ne pas utiliser cette tromperie pour modifier le discours officiel ? Pourquoi observe-t-on un tel unanimisme des médias ? Que font les émissions d'"investigation" ?

Une révision déchirante et urgente

En ce centenaire de 14-18, on pourrait rappeler que des changements de stratégie, par exemple opérés par Clemenceau, ont rendu la victoire possible. C'est plus que jamais le moment d'avoir le courage de dire que la précaution drastique anti-diesel n'est peut-être pas aussi indispensable que cela. Quant aux carburants fossiles et la théorie du réchauffement, faut-il mettre à genoux la croissance et la confiance françaises pour des données qui n'ont rien de certaines ? On prend aujourd'hui comme autrefois de simples hypothèses pour une croyance. Et l'Europe, hélas, en rajoute.

Il ne s'agit pas de tout arrêter, mais de réorienter les efforts là où ils sont indispensables, par exemple une meilleure gestion de l'eau ou des précautions contre les pollutions avérées.

Au point où en est ce gouvernement, soit il persiste dans son dogmatisme et perdra toute capacité de réformer un pays qui en a pourtant un énorme besoin, vues les menaces extérieures, soit il assume un changement de stratégie et retrouve la confiance de la population. Comment peut-on dire qu'il faut aller chercher le travail où il est et limiter la mobilité et la liberté pour l'atteindre ? En ville, on peut "traverser la rue". Et en province ?

Le lobby écologique (et médiatique) va hurler. Et alors ? Qu'il apporte des preuves vérifiables des risques qu'il nous présente comme certains. Comme les 50 000 décès dus aux particules fines.

Qu'on y réfléchisse bien : si Macron échoue dans son oeuvre de réforme, sachant que Sarkozy n'a pas réussi, que Hollande n'a pas tenté (sauf sur le tard), que restera-t-il ? On le voit déjà un peu partout dans le monde : des solutions simplistes, inefficaces et dangereuses.

Nous avons les ressources pour nous réformer et des talents pour réussir. L'histoire de France n'a cessé de le prouver, même si, parfois il a fallu attendre un peu...

Il en est encore temps si des responsables reprennent cette la logique de cette argumentation sans craindre les critiques des Cassandres.

Voici quelques pistes pour réagir : supprimer la TVA sur les véhicules propres (plutôt qu'un empilement d'aides illisibles) ; baisser le prix de l'essence plutôt que d'augmenter celui du gazole ; cesser le dogmatisme anti-voiture (avec les radars piégeurs) ; orienter les recettes vers des investissements utiles ; assumer ses erreurs et repartir sur une nouvelle donne.



@jlmich



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https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-188561-opinion-voiture-lecologie-punitive-est-une-erreur-2220974.php

12 NOVEMBRE 2018, in Les Echos


Emmanuel Macron prend le risque de réduire toutes ses chances de réformer profondément et durablement notre pays à cause d’un entêtement anti-voiture incompréhensible. Pourquoi en est-il arrivé là ? Comment en sortir ?



L'élection d'Emmanuel Macron, certes, aidée par la défection de Fillon, la non-candidature de Bayrou et le second tour face à Le Pen, avait ouvert la voie à un profond espoir de renouvellement politique dans notre pays. L'évolution du mouvement En Marche avait montré que la stratégie de réunion des bonnes volontés de gauche, de droite et du centre faisait sens et donnait envie de participer à une expérience originale dans la vie politique.

Avec une image internationale de la France revalorisée, un train de réformes structurelles emblématiques acceptées (droit du travail, SNCF) sans que le pays ne se lance dans les grandes grèves attendues ; le tout associé à des mesures originales sur la suppression d'une partie des cotisations salariales, de la taxe d'habitation et d'autres réformes d'ampleur faisait croire que le quotidien allait s'améliorer et la confiance revenir. À part la réforme de l'ISF, mal défendue, et une appellation de "Président des riches", tout s'annonçait bien.

Dix-huit mois après son élection, Emmanuel Macron se retrouve "en bas de l'affiche" avec des sondages aussi calamiteux que décourageants. Pour celles et ceux qui pensent que notre pays doit absolument se réformer s'il ne veut pas s'enfoncer dans une récession favorisée par l'actualité internationale, il y a de quoi être désespéré. Quelles sont les raisons essentielles de ce désamour ? Quels seraient les remèdes ?

Des commentateurs en dehors de la réalité

Commençons par dire que les sondeurs et les politologues (à l'exception d'Alain Duhamel et encore) n'ont rien compris à la baisse de popularité qui a commencé en mai/juin 2018. À l'image des responsables politiques, ils restent dans leur microcosme : ils ont d'abord avancé que cette baisse était due à la modification de l'ISF (effet "Président des riches"), ensuite à l'affaire Benalla... Il suffisait pourtant d'écouter les Français : le 80 km/h a fait des ravages.


Mais bien sûr, les sondages sont trop grossiers, ils ont du mal à mesurer les non dits des sondés, limités par des réactions du genre : "si vous êtes contre le 80, c'est que vous voulez davantage de morts sur les routes". La crispation d'E. Philippe, totalement calquée sur le dogmatisme de la Ligue contre la violence routière, associée à des arguments infondés pour justifier la mesure, ont commencé à faire glisser l'électorat et enclencher sa chute violente de popularité.

L'erreur tragique de "l'écologie punitive". La voiture, c'est encore et toujours la liberté...

Soit parce qu'il y croit vraiment, soit par calcul politique, le Président a voulu inscrire son mandat sous le signe de l'écologie avec la nomination de N. Hulot. Tant que celle-ci se cantonne dans les bonnes intentions, tout va d'autant mieux qu'aucune voix critique n'est plus tolérée dans les médias. On le constate avec la prise en compte immédiate du rapport du GIEC (quitte à ne pas mentionner au public que les dernières pages recommandent le nucléaire) et les prédictions fantaisistes sur 1,5° ou 2° à plusieurs décennies, sans même mentionner la moindre marge d'erreur, comme les sondages en France...

C'est là que le piège se referme sur le Président et La République en Marche : associées à une hausse du pétrole, les taxes en rafale sur les carburants et les combustibles, le nouveau contrôle technique, le marketing stupide sur les voitures électriques, bien trop onéreuses pour beaucoup, la baisse de la valeur de revente des véhicules diesel rendant un nouvel achat problématique ne sont plus acceptées par l'opinion. On arrive au stade ou toute prise de parole sur ces questions est systématiquement mal interprétée ou comprise comme un enfumage. Il faut dire que le 80 km/h a bien préparé le terrain de la confiance.

Comment peut-on être aveugle à ce point ? E. Macron a parait-il fait 160 déplacements en France. Il n'a rien entendu des ruraux et plus généralement de tous ceux pour lesquels la voiture est indispensable. Quand on leur parle de transports "collectifs", ils voient rouge (à propos, pourquoi ne dit-on plus "en commun" ?). Ce pouvoir apparait, même si c'est caricatural et injuste, comme celui des bobos parisiens qui ne comprennent rien à la réalité des "territoires".

Tout le discours sur les mobilités n'est perçu que comme marque d'arrogance, de condescendance et surtout - ça commence à surgir - comme une privation de liberté. Comment des esprits aussi brillants ont-ils pu ne pas comprendre que la voiture, c'est toujours et avant tout la liberté ?

Dans ce contexte, les propos d'un B. Griveaux sur les fumeurs de clopes et les conducteurs de diesel sont encore plus mal ressentis. Ces gens de cour veulent le bien du peuple, mais sans l'entendre...

Et tous ces citoyens qui vont protester le 17 novembre, sans mésestimer pour autant les récupérations des fossiles politiques, ressentent confusément que c'est de ça qu'il s'agit. Ce n'est pas que le prix d'un plein. C'est beaucoup plus fort. Vital.

Une remise en question indispensable