L’Exposition Downtown Abbey

à New York en 2018

 
 

Lors d’un nouveau séjour à New York avec des amis en juillet 2018, nous avons vu que l'exposition itinérante sur cette extraordinaire série passait par la grande Pomme.

Et pendant qu’ils allaient se balader sur le pont de Brooklyn car c’était leur premier séjour à New York, nous nous rendîmes à l’expo le cœur battant (si vous ne connaissez pas cette série, vous pouvez rire en vous moquant bien de nous…)




Quel plaisir ! L'exposition est bien sûr faite pour les fans, mais tout est pensé pour rappeler les moments forts, les répliques cultes tout en présentant les infimes petits détails qui montrent l’obsession des auteurs pour la vérité historique la plus précise. Ainsi, on voyait de près les accessoires comme les bijoux, les boutons de manchettes, les montres, etc., qui n’apparaissent que furtivement à l’écran.

Mais, comme le déclare un des acteurs dans les bonus, un bon costume, des accessoires véridiques, un maquillage et une coiffure d’époque vous pousse à vous sublimer en entrant mieux dans la peau du personnage. Ce n’est pas pour rien si la série a été autant primée pour les décors, les costumes et les maquillages.

La reconstitution de la cuisine et de la table de la grande salle à manger replongeaient le visiteur dans toutes ces heures d'échanges entre le personnel en bas et la famille Crawley en haut.

Comme toute exposition britannique, le côté pédagogique était particulièrement soigné. Explications sur les relations entre maîtres et serviteurs, articles sur la condition féminine, sur la Guerre de 14/18 ou encore sur les relations intimes entre les personnages, sans oublier les grandes innovations techniques comme l’arrivée de l’électricité, le gramophone, le téléphone ou la radio.




















 

Une occasion inespérée !



Nous avons découvert Downtown Abbey seulement en 2017 alors que la série était terminée depuis 2016 après six années d’un incroyable succès. Audience internationale la plus forte de toutes, récompenses partout dans le monde, mais relative méconnaissance en France.

Que dire de plus sur une œuvre adulée et analysée dans le monde entier malgré son synopsis en apparence peu excitant : les relations entre une famille d’aristocrates anglais et leurs domestiques au long d’une douzaine d’années.

On peut la revoir plusieurs fois (nous en sommes à la troisième…), et comme dans toutes les grandes œuvres, on y  trouve en permanence matière à réflexion. C’est la force de l’auteur, Julian Fellowes qui a su y placer les ingrédients des plus grands romans. Chacun s’y reconnait ou reconnait quelqu’un de son entourage.

Les personnages sont tour à tour antipathiques et sympathiques, jamais manichéens, certains évoluent en fonction de l’Histoire, surtout de la Première Guerre mondiale dont l’influence est magistralement montrée.




Ci-dessus, Julian Fellowes.




Le New York Times a consacré une étude magistrale aux relations de la série avec l’Histoire du monde. Le souci de précision est extraordinaire. En plus de l’intrigue, il y a une volonté pédagogique explicite : faire vivre les conséquences de l’histoire à des personnages qui la perçoivent différemment en fonction de leur classe sociale, de leurs préjugés ou de leurs croyances.





(on aimerait que la presse française soit de ce niveau de qualité…).





ATTENTION

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Les archétypes des plus grands romans sont tous présents, par exemple,  la rédemption par l’amour, la jalousie, la bonté, l’altruisme, la confiance en l’autre, l’estime de soi, le respect des autres, la nécessité ou l’implacabilité des évolutions sociales, la reconnaissance de la possibilité de changer sa vie quelle que soit sa condition, le regard sur l'homosexualité, l’influence du progrès technique, le conflit entre la tradition et la modernité, les succès et les échecs des mariages inter-classes, les maternités non désirées, les relations familiales complexes, l’évolution de la médecine et les doutes qu’elle induit, la maîtrise de l’urbanisme et le respect des paysages,  la profonde influence de la Grande Guerre, les problèmes liés à son souvenir  avec les monumenst aux morts et la place accordée aux malheureux fusillés pour l’exemple,  le fonctionnement de la justice, le racisme, les terribles conséquences d’un viol, les différences culturelles entre Européens et Américains, l'attitude vis-à-vis des religions judéo-chrétiennes et plus que tout peut-être, la dialectique de l’évolution personnelle d’un individu. Peut-on changer quelqu’un ? peut-il évoluer ? De quel droit et avec quel risque et quel résultat peut-on l’y conduire ? Cette thématique typiquement hugolienne que les Britanniques adorent se trouve mêlée au thème des doubles shakespeariens : Carson et le Comte, Marie et Barrow, Mathieu et Tom, La douairière et Mme Crawley, Anna et Bates, Molesley et Daisy, etc.

La grandeur de Downtown Abbey tient à la fois de Victor Hugo, de Dostoievski et de Shakespeare…


Au plan cinéphilique, la série est aussi un chef d'œuvre absolu : réalisation hors pair, perfection cinématographique que le cinéma (français, entre autres) est incapable d’atteindre sauf par exception. Casting parfait, dialogues ciselés, prises de vues magnifiques, costumes et décors exemplaires, jeu et direction d'acteurs extraordinaires, montage sublime (en parallèle, en amorces, etc.),  musique envoutante et toujours en phase avec l’action,  et pour la version française, doublage merveilleux effectué par de grands comédiens.


On pourrait aussi citer la perfection de la recherche historique, que les grands spécialistes du «biopic» anglais et américains savent si bien faire. Tout y est : le traumatisme du naufrage du Titanic, une allusion au «Libéral» Churchill, pas très bien vu par les aristocrates conservateurs mais qui a eu le courage d’aller sur le front dans la Somme en 1917 après les Dardanelles, l’annonce de la fin prochaine de la Guerre grâce aux batailles gagnées contre la Turquie (ce qui a été hélas ignoré dans le centenaire célébré en France) et quantité d’autres détails qui finissent par se révéler importants comme le montre l’étude du New York Times.


Même en la revoyant de nombreuses fois - et sur un écran de trois mètre -  tout dans cette série est parfait. Les intrigues s’enchaînent, les rebondissements sont à l’image de la vie, et on revient parfois sur des jugements que l’on a pu avoir sur certains personnages. Thomas Barrow en est l’exemple le plus fort : sa méchanceté, son arrogance, sa couardise, ses trahisons mais aussi sa volonté inébranlable, ses regrets tardifs sont ils explicables, justifiables ou «pardonnables» par sa «différence» ?

Mary parvient-elle vraiment à retrouver sa vraie nature malgré une éducation guindée, une attitude revêche et des souffrances épouvantables ?

Tom  Branson reste-t-il fidèle à ce qu’il fut ? Et à Sybille ?

De même pour tous les personnages, tour à tour attachants et horripilants comme Carson vis-à-vis de Mme Hughes…

En somme, tout en étant précisément datée, ciblée,  Downtown Abbey a atteint l’universel des grandes œuvres. Chacun s’y retrouve en fonction des circonstances de sa propre vie.

Le message ultime ne serait-il pas la distance vis-à-vis de ses préjugés et une évolution intérieure vers davantage d’attention aux autres et de tolérance ?