La prise de son

 

Une passion aussi ancienne que la photo

Ma passion pour les magnétophones et la prise de son a commencé très tôt, presque simultanément à la photographie.

Mon premier enregistreur, dans les années 60, fut un Tandberg 66, prêté par un directeur d'école avec qui j'étais très ami, Henri Bassis, quand j'avais une quinzaine d'années.


Images en provenance d'un site spécialisé sur les magnétophones anciens :Rétro TSF

C'est dès ce moment que je m'initiai à la réalisation sonore et au mixage multisource avec enregistrement simultané musique des bruitages et des voix. J'étais alors fortement influencé par les grandes émissions de Francis Blanche. Et j'en ai réalisé plusieurs pastiches dont il me reste un exemple encore écoutable aujourd'hui (seulement pour les amis qui ne se moquent pas trop de moi, car j'y faisais tout, écriture du texte, parole, musique, bruitage…). Un autre de mes maîtres de l'époque en magie des sons fut Stéphane Pizzela et ses "Nuits du bout du monde" remplies d'une intense poésie. Plus tard, je découvris Murray Scheaffer et ses "paysages sonores"…


Ensuite, ce fut un UHER Royal de Luxe (bien avant le groupe du même nom). Je l'ai toujours aujourd'hui et en bon état de fonctionnement, ce qui vaut mieux pour lire mes nombreuses bandes de l'époque : 4 vitesses (de 2,4 cm/s à 9 cm/s), stéréo, bipistes, son sur son, multiplex et plein de fonctions créatives. Avec lui, j'ai réalisé beaucoup de bandes sonores de diaporamas mais aussi des "œuvres sonores", par exemple un (faux) quatuor à cordes, enregistrés en report successifs de pistes.. Ce quatuor m'occasionna une de mes plus grandes hontes de ma vie suite à une blague pendable. A l'Ecole normale, où j'étais élève, nous pouvions faire "découvrir" des œuvres musicales nouvelles aux autres élèves. Un jour, je présentai avec force détails une "œuvre captée sur France Musique" (et enregistrée sur mon Uher). Le prof et les élèves la commentèrent en termes flatteurs : originalité, finesse des harmoniques, des timbres, délicatesse de la composition, force des thèmes, etc. A mesure que les commentaires se développaient, je me sentais de plus en plus gêné… Devant tant de compliments, comment leur révéler que j'en étais le "compositeur", alors que je n'avais rigoureusement aucune connaissance ni en écriture musicale ni en musique contemporaine… A la fin de la séance, je n'avais pas eu le courage de révéler ma supercherie, de peur de les ridiculiser plus que moi…Pardon pour cette mauvaise blague dont ils ne surent jamais rien.


Je synchronisais ces bandes sonores avec un projecteur de diapositives, un Pradovit Leitz, cf la section Photo de ce site). Ce fut la racine de mes futures connaissances en diaporama qui me firent écrire, plus tard, mes "Guides de la diapositive et du diaporama" et pas mal d'articles sur l'audiovisuel dans la revue l'Education.

Le diaporama (je l'ai dit ailleurs) était une fantastique école de créativité et de rigueur. Il permettait de connaître les joies de la création de qualité, de l'exécution publique pour des budgets dérisoires.

Sans en avoir acheté, j'ai utilisé en permanence dans les années 70 et 80 des REVOX. Des G36 d'abord, des A77 et même un B77. Des merveilles de fiabilité. tous ces matériels sont visibles sur le site de PG Elec.

Ci-dessous, le signataire en plein mixage sur des Revox à l'ECPA (Etablissement de Cinéma et de Photographie des Armées, au Fort d'Ivry) dans les années 70.


Au début des années 80, ce fut un TASCAM 3440-S, 4 pistes simultanées, une machine mythique, que j'ai toujours aussi et avec laquelle je réalisais toutes mes bandes son professsionnelles. Le mixage pouvait se faire directement sur le magnétophone et on gardait une piste pour la modulation de la synchronisation du boîtier de commande des projecteurs de diapositives en fondu enchaîné, par exemple, Simda ED3000 (le plus utilisé), Electrosonic ES69 (le meilleur) ou Auvitec CD12 (que j'ai vendu).

 

 

Naturellement, la signature sonore de tous ces magnétophones était très caractéristique, le Uher ne sonnait pas comme le Revox, lui même bien différent du Tascam. Je devais en tenir compte dans l'équilibrage des mixages des bandes son, sans compter leur report sur casettes audio qui exigeait des balances très différentes et adaptées au support et à ses conditions d'exploitation (amplificateurs et enceinets de basse qualité).

L'enregistrement des commentaires était passionnant : je recherchais bien sûr la meilleure qualité possible, mais avec du matériel non professionnel, ce qui était toujours très difficile. La lutte contre le souffle était permanente, même sur ces belles machines comme Tascam ou Revox. Je rêvai d'un Nagra ou d'un Stellavox mais c'était absolument inacessible. En plus, il fallait disposer de bon microphones, et les miens étaient de qualité mais très inférieurs aux standards pro…

Pour le reportage, j'ai eu recours aux UHER Report 4200 et 4400 sur bandes avec des micros Beyer M88.


Il faut dire qu'à l'époque, en plus du gros fourre-tout photo, du trépied pour la macro, j'avais bien sûr le Uher en bandoulière pour capter par exemple le son cristallin d'une source, les craquements des feuilles qu'on foule, les chants des oiseaux, le vent, etc. Des kilos de matériel pour rapporter des traces de vie, des ambiances, des évocations…

En plus de ces exercices de terrain, j'enregistrais beaucoup de conversations. Les écouter bouleverse souvent les gens qui n'ont plus entendu ces voix depuis des années. Le son, la vibration, c'est la vie. Comme je l'ai développé par ailleurs, le son est le média le plus parfait, celui qui donne le mieux l'illusion de la réalité. Aucun autre média ne peut y prétendre.

Sur l'enregistrement et les magnétophones, voir l'excellent site de Claude Gendre dont les articles et les ouvrages ont acompagné ma découverte de la prise de son.

Aujourd'hui, très peu de gens enregistrent alors que nous avons pourtant tous les moyens de le faire facilement sur nos ordinateurs, même sans vrai micro. Je cherche depuis longtemps la réponse à cette question : pourquoi enregistre-t-on si peu ?

Pour les reportages sonores de qualité, ce fut, au début des quatre vingt, le célèbrissime Walkman Pro WM-D6 de Sony, qui resta au catalogue près de 20 ans sans aucun changement ! Associé à un bon micro, il enregistrait (sur cassette) un son d'une qualité exceptionnelle, surtout en Dolby C.


Je dois avouer que c'est avec lui que j'ai pu enregistrer (en pirate…) pas mal de beaux concerts. Quel plaisir, à l'issue du spectacle, de réécouter, en voiture, la musique entendue quelques instants auparavant. Dois-je préciser que je n'en ai évidemment jamais fait le moindre usage public. Et que ces bandes pourraient être éditées rien que pour leur intérêt musicologique, ce qui demeure hélas impossible pour des questions (un peu bêtes…) de droit d'auteur. Etant moi même auteur et je sais de quoi je parle, je déteste cette crispation ridicule de certains "créateurs" qui veulent tout faire pour protéger leur production… qui n'intéresse personne.

Avec ce magnéto, j'ai réalisé pendant des années des quantités d'enregistrements un peu partout, des chœurs de la cathédrale de Salisbury à des bruitages de toutes sortes. Je l'ai vendu à un journaliste parce ce que sa qualité pour la musique avait baissé (il présentait un léger pleurage, perceptible sur des notes tenues au violon), alors que pour la parole il restait largement au niveau.


Avec le numérique, ce fut un autre Sony le Walkman DAT TCD-D7, que j'ai toujours, qui me permit de continuer mes enregistrements. Avec cette machine, pourtant de grande qualité, j'ai eu un peu moins de plaisir. Le démarrage n'est pas instantané, la prise de son moins fiable, les vu mètres moins réactifs et précis. Je ne suis jamais certain de réussir mes enregistrements.


Pendant quelques années, j'ai eu aussi le Tascam DAT, DAP-1, très fiable, doté d'excellents préamplis de microphones (meilleurs que ceux du Sony). Avec mon micro stéréo professionnel Sony ECM999, j'ai pu faire de fort belles prises de son. Avec cet ensemble, je captais la musique à merveille. Son seul défaut tenait à la batterie "propriétaire" (imposée par Tascam) qui ne tenait pas la charge. A cause d'elle j'ai raté de nombreux enregistrements en me stressant inutilement. Je l'ai finalement vendu à un musicien professionnel qui ne voulait s'en servir qu'en studio, toujours connecté au secteur pour plus de sécurité !


 

Comme simultanément, la méfiance des musiciens n'a fait que croître - et que je me suis fait repérer et "enguirlander" un jour par de (mauvais) musiciens (qui jouaient faux !), j'ai pratiquement cessé de capter des concerts, en me disant qu'un jour, on allait pouvoir enregistrer proprement sur un ipod ou un iphone.

 

Un réintérêt récent pour la prise de son - NAGRA !!

En 2009, parce que le démon d'enregistrer me démangeait, j'ai essayé coup sur coup deux enregistreurs sur mémoire flash (sur carte SD ou CF) en croyant un peu naïvement les publicités selon lesquelles le standard 92 KHz/24 bits donnait des résultats exceptionnels).

J'ai commencé par l'Edirol R09H (Roland). Très beau design, commandes fonctionnelles, etc. A l'écoute : rien d'exceptionnel, son plat, embrouillé, aussi bien avec ses micros intégrés que sur mon micro professionnel Sony.

Grâce à l'extrême gentillesse du magasin Univers-Sons (Paris), je l'ai remplacé par le Sony D50 : superbe design, beaucoup de fonctionnalités. Son meilleur que l'Edirol, mais toujours pas au niveau de mon DAT ! (sauf le souffle résiduel bien entendu). Les micros incorporés sont corrects mais toujours une impression de brouillard, pas de précision dans les attaques, un médium un peu trop clinquant. Au final impression de mou… Je l'ai rendu aussi, un peu tristement. Remerci Univers-Sons !!

La voie était claire : attendre la suite ou franchir une étape décisive.

C'est comme celà que j'en suis arrivé à faire l'acquisition d'un Nagra.

Nagra est une marque prestigieuse qui m'a toujours fait rêver. Mais à cause de ses tarifs stratosphériques (pour un amateur), je n'en avais jamais eu. Heureusement, en 2005, ils ont sorti un petit modèle : l'Ares M et en 2007, l'Ares M2. C'est celui que j'ai acquis d'occasion auprès d'un ingénieur du son grâce à l'excellent site AudioFanzine regroupant des professionnels passionnés de prise de son. J'ai également été voir sur Perchman et Soud Designers, autres très bons sites spécialisés sur la prise de son sur lesquels on apprend plein de choses. Voir aussi le site Mac Music


 

Avec ce petit Nagra Ares M2 , j'ai enfin trouvé ce que je souhaitais : précision, clarté, finesse, rapidité des attaques.

Avec son micro LEM enfichable (et de très haute qualité) le Nagra fait déjà des merveilles. Raccordé à mon micro Sony ECM999 (qui n'est certes ni un AKG, ni un Shure, ni un Schoeps, ni un Neumann…), on arrive à une scène sonore remarquable, large, profonde et très précise.

Grâce à la qualité des péamplis Nagra, ce magnétophone sur mémoire flash (2 G0) permet d'atteindre des sommets. Le site Ecoutez Voir d'Antoine Greslant le confirme. Allez écouter ce que donne son interview de la chanteuse Youn Sun Nah réalisée sur un Nagra Ares M2 !!

Certes, l'enregistrement n'est pas encore identique à l'original, il manque des informations, les basses sont en net retrait (si on ne corrige pas) mais on arrive à un résultat excellent, peut-être meilleur qu'avec mon DAT et avec tellement plus de confort !

Mes recherches sur le net m'ont montré la force du réseau des amateurs de Nagra. En voici seulement deux exemples parmi beaucoup d'autres :

Un site extraordinaire sur les oiseaux et les ambiances sonores : Le promeneur écoutant

Un site de journaliste qui renoue avec le diaporama et le son de haute qualité. Son enquête sur un CCAS vous prend aux tripes ! L'Oeil acoustique de Guillaume Gavarnèse.

Les formats d'enregistrements sont paramétrables ainsi que le gain des micros. C'est très pratique. L'autonomie est excellente. Et surtout, iTunes récupère absolument tous les formats, depuis le meilleur, le wav 48Khz à 1536 kbps en 16 bits stéréo jusqu'à différents types de MP3 (que l'on peut rendre très bon). Pour le contrôle à l'écoute, j'ai un casque M-Audio IE-10 intra-auriculaire. C'est vraiment impressionnant. Très peu de souffle, attaques très franches, bonne scène sonore et magnifique appréciation des équilibres harmoniques, au prix, il est vrai, de basses très peu présentes. Mais ce casque sert à vérifier l'homogénéité d'une prise de son. Si on veut des basses bien présentes, il faut monter très haut en prix et je n'en ai pas l'usage. En plus, ce casque se raccorde idéalement sur iphone et ipod, ce qui permet une écoute de bonne qualité sans ennuyer ses voisins de voyage…

Le son, une fois récupéré dans iTunes est envoyé sur le système décrit dans la page d'accueil de ce site, c'est-à-dire la Rosita !

Les autres enregistreurs que j'ai essayés "montaient" plus haut en standard de prise de son, typiquement 24 bits, à 192 kHz. Le résultat était incroyablement inférieur. Mieux vaut rester raisonnable et ne pas se laisser abuser par le marketing de la technique… Un 16 bits, 44, 1 ou 48 Khz de Nagra est largement meilleur que toutes ces machines sur des chiffres plus élevés ! Pour les exploiter au mieux - ce que ne disent pas les notices - il faudrait les doter de micros ultra professionnels et surtout de préamplis adaptés (2 000 € au minimum et autant pour les micros…).

Si vous voulez entendre quelques uns de mes enregistrements anciens ou plus récents (au Nagra), j'ai créé un petit site spécialisé.

 

Une démarche identique à la photo