Une très vieille histoire

 

Acte 1. La découverte

Jusqu'à 12 ans, tout était bon pour photographier : du folding Lumière 6,5/11mm de mon père qui trône encore dans une vitrine de mon logement (l'appareil photo…)
  au Browny flash et ses équivalents (j'en ai gardé un). C'étaient des machines à faire des photos.

Je pensais à l'époque que la marque n'avait aucune importance, même si les tirages du Lumière 6,5X11 cmet  f:6,3 me semblaient meilleurs. Depuis, l’âge de mes dix ans, j’ai évolué.



Acte 2. La "vraie" photo avec un reflex


J'en ai rêvé des mois, j'ai appris par cœur ses notices, je le voulais parce que j'avais appris ou cru comprendre le poids de l'innovation, de celle qui donne envie de participer à une aventure du progrès, à une aventure de l'esprit.

Ce fut l'Edixa Mat Reflex D avec son Steinheil Macro f:1,8/55 mm acheté chez Grenier Natkin rue du Cherche Midi à Paris pour un peu plus de 1300 F.).
J'avais 13 ans, cette boutique était pour moi comme un temple de la photo. Son patron, M. Hayem, était adorable et conseillait les clients tout en leur faisant quelques fleurs comme du prêt de matériel (qu'on pouvait acheter ensuite…). L'Edixa se compléta progressivement d'optiques Steinheil, Schneider (f:2,8/135 mm)  et Taïr (un 4,5/300 mm russe) et des tas d'accessoires comme des Lunasix (modèles 2 et 3 qui mesurait le clair de lune).

Une anecdote bien dans l’esprit que j’avais.

Je connaissais par cœur les spécifications et la notice et, lorsque le vendeur voulut me charger la pellicule (c’était mon premier 24X36), je lui répondis que je préférais le faire moi même et continuer à m’entraîner avec l’appareil. Le dimanche suivant, je partis au zoo de Vincennes pour faire mon premier reportage en chargeant la pellicule comme prévu. Au retour du film quelques jours plus tard : tout était vierge ! J’avais mal chargé le film ! La honte…  Et une bonne leçon pour la suite.


Acte 3. Le monde pro avec Canon


En 1972, j'avais passé mes 20 ans, c'était le moment des choix cornéliens : Canon F1 ou Nikon F.

Des heures de réflexion, de lectures de tests et d'interviews (à l’époque sans le net…). L'image du F me tentait (le modèle des pros du Vietnam), son système incroyable d'accessoires en tout genre. En face, le F1 de Canon qui se présentait alors comme l'outsider, celui qui présentait vraiment l'innovation. Ce qui fit pencher la balance : un argument tout bête. l'Optique Chauvet, toujours à Paris, m'avança que Canon vendait pour une bouchée de pain une bague d'adaptation pour mes anciennes optiques 42 mm à vis, ce que ne faisait paraît-il pas Nikon (je ne l'ai jamais vraiment vérifié, aujourd’hui les Chinois en proposent pour une bouchée de pain). J'achetai donc un F1 et son magnifique 1,4/50 mm.

Les premières années, comme prévu, je pouvais réutiliser mon capital optique (sans le couplage de préselection du diaphragme, mais ce n'était pas bien gênant).

(ci dessus, Honfleur au f:2,8/24 mm)

Ensuite, ce furent de belles années d'investissements en formidables objectifs dont le le formidable f:2,8/24 mm jusqu’à l'exceptionnel TS 2,8/35 mm à décentrement et bascule.

En 1988, la fatigue du F1 et le désir de profiter des innovations des boitiers me fit acquérir le T90. J'étais Canoniste, même si je me tenais au courant des innovations des autres, et de Nikon en particulier. Je restais fidèle à cette marque pour pérenniser mon parc d'objectifs, profiter des cycle de renouvellement lent du matériel (dix ans au minimum) car les innovations n’étaient pas très fréquentes. Et, à chaque achat, on sentait un réel progrès, très sensible. Quant au T90, c’était un magnifique boitier. Tout y était, sauf l’autofocus qui allait venir tout bouleverser.

Un monde tranquille et stable en somme.


 

Acte 4. La rupture pour Nikon - Le F90


En 1994 (je ne sais plus exactement quand), Canon annonça son changement de bague et surtout l'abandon définitif de la fabrication des boitiers pour la gamme d'objectifs FD. A terme, toutes ces optiques étaient condamnées.

Ce fut la limite de ma fidélité à cette marque que pourtant j’aimais.

En 1995, je vendis dans la tristesse tout mon matériel Canon à un revendeur et à un particulier pendant qu'il en était encore temps. Je ne conservai smême pas mon F1 alors que mon Edixa trône toujours face à mon bureau. Bien sûr, l'opération allégea mon fourre-tout et mon compte en banque. Je ne repartis de chez le revendeur (Photo Cizeron) qu'avec un F90 (le F90X était un cher pour peu de choses en plus), un 1,8/50 AF (belle descente pour moi qui n'avait connu que les 1,4…), un 2,8/24 AFD et un 2,8/105 micro Nikkor AFD ainsi qu'un flash SB-25.

Nikoniste, léger mais heureux. Heureux de venir vers une marque que j'aurais dû choisir dès le début peut-être, même si les kodachromes au F1 et TS 2,8/35 demeurent merveilleux.

Le critère de fidélité s’était encore affiné : innovation technique indiscutable de Nikon (comme l'exposition, l’autofocus, la gestion des flash, de meilleures optiques dans l'ensemble même s'il y a des exceptions, etc.), la qualité de construction, la fiabilité, et surtout la pérennité et le respect du parc d'objectifs. Si j'avais choisi Nikon en 1972, j'aurais encore les équivalents des magnifiques cailloux dont j'ai dû me séparer !


Acte 5. Le numérique avec Nikon


En 2002, je me suis équipé d'un Coolpix 990 (que j'ai toujours, il me sert bien pour les panoramas virtuels pour le net avec son complément grand angle).
Ensuite, un D70 en 2004, un D200 en 2007, un D300 en 2009 et à nouveau un assez joli parc d'optiques (avec, entre autres, un f1,4/50 mm dont jai été privé pendant 14 ans "à cause" de Canon).

Je pense rester chez Nikon, sauf si les raisons de ma fidélité étaient mises en échec (plus d'innovation véritable ou abandon des clients fidèles en changeant de standard de baïonnette, par exemple).
J’ai crû longtemps que le D800 (ou son suivant ?) serait mon prochain boitier à condition qu’il possède une fonction de récupération des optiques DX avec le maximum de pixels pour permettre de doubler tout son parc d'objectifs, tantôt en FX pour les grands angulaires, tantôt en DX pour les télés. Je n'ai pas acheté le D700 pour cette raison : Faire du DX en 5 Mpixels alors que j'en avais à l’époque le double sur le D200 ne m'avait pas tenté…

En 2010, j'attendais 24Mp en FX et disons, 12 en DX.  Ce n’est qu’en 2012, avec le D600 et le D800 que la situation a un peu évolué.



Acte 6. Un doute en 2009


Un anniversaire cette année là m’a fait longtemps hésiter : Le Leica me tentait fort. M8 ou M8.2 qui étaient les premiers numériques de la marque allemande.

Après les avoir longuement essayés, et malgré la beauté de leurs optiques, je décidai de ne pas franchir le pas. Essentiellement en raison du viseur trop désagréable. Quand on vient du réflex, le télémètre n’est pas aisé, mais surtout et c’est peut-être le plus grave, la précision des cadrages est trop aléatoire. Les M présentent un viseur avec un champ d’au moins 24mm. Quand on vise en 24 ou en 28, c’est correct. En 35, on a le célèbre collimateur qui montre le cadre final. C’est appréciable, paraît-il, pour anticiper l’action (je n’en suis pas convaincu). Mais en 50, 85 ou 105/135, c’est l’horreur : le champ devient microscopique. Comment cadrer avec précision.

Il est vrai que lorsqu'on vient de la diapositive ou aucune correction n’est permise, on a une habitude, une culture de la précision qui exigent la quasi perfection lorsque l’on déclenche.

Pour moi le labo (j’en ai fait bien sûr) ne servait pas à recadrer mais à agrandir et à la rigueur à retoucher le contraste. Pas plus. On voit la différence avec les pratiques actuelles et la manie du crop, du recadrage quasi systématique qui exige beaucoup de pixels au départ.

A défaut du M, le petit Leica X1 me tentait bien mais à l’essai, devant ses lenteurs au déclenchement, là non plus, je n’ai pas franchi le pas. C’est Fuji avec son X1 qui offre, dans ce domaine, un petit appareil rapide et de très grande qualité. Leica m’intéresse toujours, mais je n’ai toujours pas l’envie de sauter le pas. Sauf pour ces optiques merveilleuses (les bagues Lexar seraient peut-être une solution ?).

N’ayant pas choisi d’aller vers des concurrents, j’ai donc investi dans des belles optiques de complément.

Ce furent ainsi un f:2,8/14 mm, un f:2,8/180 qui se succédèrent.

La sortie du f:2,8 14/24 mm Nanocrystal, ce fut une révélation. Je vendis mon 14 et mon 24 mm pour l'acquérir et depuis, il ne me quitte plus. C’est presque devenu une optique standard en DX (21/35 mm en 24X36).



Acte 7. En 2012 : FX ou DX ??


En 2012, nouvelle interrogation métaphysique.

Avec la sortie du D800 et du D600, je me suis dit que l'heure de passer au FX (24X36) était venue.

L’essai du D600 fut négatif, essentiellement en raison du viseur nettement inférieur à mon D300 et d’un aspect un peu amateur.

L’essai du D800 fut plus intéressant. Plus sérieux, plus lumineux (mais pas plus que le D300). Le problème est dans le poids de fichiers. Pourquoi avoir 36 Mp ?? Moi qui ne regarde les photos que sur un écran d’iMac 24 pouces et sur vidéoprojecteur (très inférieur en définition).

Bref. Je ne suis pas emballé par le D800.

Et c’est là que le dilemme atteignit son paroxysme (!) : le seul boitier qui m’excite un peu, après l’avoir essayé : le D3, surtout dans sa dernière déclinaison D3S.

J’en suis là de mes réflexions…


… A suivre…

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Les grands Actes de ma vie photographique